n°50 - L'espoir se fout de notre gueule

Column: Le texte de Mr Grabeuz
Author: La Méduse

Aujourd'hui, puisque hier est déjà mort et que demain n'est encore qu'une vague supputation à laquelle je ne crois guère, aujourd'hui donc puisqu'il n'y a pas d'autre choix, je vais laisser parler mon coeur de gothique, mon cher petit coeur tout de cuir noir vêtu, entouré de franges et de lanières, décoré de piercings, dégoulinant de khôl, coiffé de longs cheveux filasses raidis par le henné. Et qu'est-ce qu'il dit mon petit coeur? Il dit d'une part que « la vie n'est qu'une pénible étendue de sombres sanglots s'étalant sur nos âmes déchirés par des violons funèbres », mais il le dit juste par ce qu'il a raté son métro ce matin et qu'il est bien vénér, mais il dit aussi que vraiment l'espoir se fout de notre gueule. Et il n'a pas tort!

Prenez un coureur cycliste - dopé ou non, cela n'a aucune incidence sur notre expérience, sachez juste que s'il n'est pas dopé, c'est qu'il y a de fortes chances qu'il ait moins de 12 ans. Placez votre coureur cycliste en haut d'une descente (si vous le placez en bas de la descente, ça devient une montée, et je déteste qu'on mette du cycliste dans mon thé...). Lâchez votre cycliste, celui-ci va rouler, pédaler, prendre de la vitesse et, arrivé en bas, si vous lui présentez une route qui grimpe, emporté par son élan et son enthousiasme, il avancera sur les premiers mètres sans avoir à pédaler. Et l'Espoir, c'est ça! Vous comprenez maintenant pourquoi c'est du foutage de gueule! Merci d'avoir suivi ma démonstration et à bientôt...

Comment? Vous n'avez rien compris? Vous êtes largué? Vous êtes resté sur le bas-coté, regardant passer les cyclistes de vos yeux de bovins attendant sûrement qu'on leur lance des T-shirts et des casquettes d'explications pour apprécier la métaphore? Soit, je vais faire la voiture-balai. Reprenez notre cycliste qui se les gèlent dans son petit short moulant en lycra, relancez-le dans le parcours (pour cela promettez-lui le baiser d'une blonde, un petit lion en peluche et un bon d'achat pharmaceutique), et placez un observateur neutre et indépendant (genre un Suisse, comme Johnny Halliday...).
Cet observateur notera consciencieusement dans dans son petit carnet que le cycliste pédale dans la descente pour avancer mais que lorsqu'il s'agit de grimper, le vélo à tendance à avancer tout seul. Malin comme un vieux rocker, notre observateur se dira alors que ça pour une chance c'est une chance, c'est dans les moments les plus difficile que la vie nous donne un coup de pouce!
Mettons maintenant en place un deuxième cycliste - pauvre de préférence - directement sur la pente ascendante sans lui avoir préalablement donné de l'élan. Le cycliste – pauvre - se cassera la gueule. Notre observateur notera alors scrupuleusement que vraiment ces feignasses de miséreux, ils ne se donnent pas la peine de réussir et que tout ça, c'est une question de volonté et que heureusement que le premier cycliste, il avait de l'espoir, par ce que l'autre, c'est vraiment un assisté!

Je vois à vos yeux pétillants que vous venez de comprendre où je voulais en venir, et tout cela me remplit d'allégresse, mon coeur de gothique fondant de joie, se transforme alors en bimbo chatoyante.

Oui, mes chers naïfs, l'espoir est factice, il n'est que la continuité et l'inertie d'une ancienne réussite et non pas comme le pense les âmes compatissantes la promesse motivante d'un avenir meilleur.

Et voilà à quels types de réflexions peut aboutir ce revirement copernicien de la pensée de l'espoir.
- Comment peut-on espérer dans nos hommes et femmes politiques si nous ne nous basons plus sur leurs promesses mais sur leurs résultats passés?
- Peut-on espérer que demain ça ira mieux, s'il n'y a jamais eu dans le passé des jours heureux? Si oui, est-on alors délirant? Et si oui, les supporters du PSG sont ils vraiment atteints?
- Finalement, n'est-ce pas le MEDEF qui a raison en proposant un bon vieux coup de pied au cul en guise d'élan pour redonner un peu d'espoir aux désespérés?
- Si ma chronique vous désespère sur mon niveau de réflexion, c'est probablement que vous avez aussi lu celles d'avant...
- Et pour finir sur une petite touche d'espoir: « L'espoir fait vivre ». Envoyez votre espoir au Darfour, cela leur sera sûrement utile...

Published:  29 Jan 2007