
J'étais tout motivé et tout à faire sortir de mes tripes et de mes petits circuits neuronaux une fière et digne diatribe, un pamphlet dithyrambique, un factum prodigieux bien que loghorréique sur la haine viscerale que j'avais à l'encontre des trentenaires.
Oui, j'avais décidé aujourd'hui de vous parler de cette génération molle et égocentrique qui comme les dechets radioactifs et les gaz à effet de serre a commencé à polluer notre terre dans les années 70. Non pas le tout venant des humains franchissant trois décennies comme on traverse un village en rase campagne quand la nuit tombe et qu'on a encore de la route à faire, mais qu'il faut bien passer par là pour atteindre l'âge de la retraite, non de ceux-là je ne m'en soucie guère, j'aurais plutôt aimé vous parler de ceux qui baignent dans la culture trentenaire, avec sa nostalgie de madeleine gloubiboulguesque, son engagement politique de lendemain de 21 avril, ses états-d'âme meetic, sa mythologie friends, sa futilité technologique, ses chansons à textes qu'on a vidées d'idées, et son incapacité à assumer que son adolescence est restée au XX ème siècle.
J'ai donc googuélisé le terme « trentenaire » pour voir ce qu'il en ressortait. Et c'était affligeant.
Affligeant d'une part de voir que mes préjugés sur la génération trentenaire se confortait de blogs en blogs et de forums en forums, mais affligeant aussi de lire comme ma critique et mon opinion étaient partagés par le commun des internautes.
J'ai compris dans un accès de lucidité qui n'a rien à voir avec le degré d'écoeurement des chansons d'Obispo (Lucie-acidité, acidité-Lucie, enchanté? non s'il vous plaît, faites le taire!) j'ai compris donc que je faisais partie d'un consensus idéologique, simpliste et banale, à la pensée gentille et doucement acidulée tel un bonbon qui pique le bout de la langue et qu'on serait prêt à en prendre cinq d'un coup pour épater les filles à la récré.
Bref de voir que des légions d'écrivaillons aux frottements d'idées sans génie (et non l'inverse) pullulent sur la toile, que nous sommes des milliers à penser et à écrire comme moi, que je ne suis qu'emporté par un courant qui me dépasse et qui m'englobe, particule élémentaire et emblématique de ma génération, eh bien je peux vous le dire à vous, ça rend humble voire même dépressif. Je me suis donc dit que, n'étant pas le meilleur chroniqueur de la toile, je serai le pire. Et puis je suis tombé sur le blog de Loic Lemeur, et là j'ai compris que j'aurai du mal à trouver ma place.
En conclusion,
- Les trentenaires qui phagocytent les théâtres parisiens avec leurs pièces à la con sur le désarroi d'avoir une vie de bourgeois, c'est caca.
- Les chroniqueurs sur internet qui peignent la vie à grands coups d'effets de claviers pour être lus par une poignée d'internautes égarés, c'est cafard
- L'oiseau qui flotte c'est canard, l'écrivain du procès c'est Kafka, et si ma chronique c'est pas le Pérou, on va pas en faire Incas...