
S'il vous plaît témoins de mes égarements idéologiques, achevez-moi. Je vieillis mal, vraiment...
Vous allez voir qu'aujourd'hui ma chronique aurait plus sa place dans « Valeur actuelle » ou « Présent » que sur la Méduse, que mes propos sont dans la droite ligne de Laurent Gerra et pourtant tout ce que je vais vous dire, je le pense et je les assume ; mal, mais je les assume.
J'ai honte, je voudrais m'en repentir, je suis prêt même à participer à des camps de rééducation pour aigris contrariés dans de riants parcs d'attractions à courir après la queue du Mickey s'il le faut, par ce que là je sens que mon coté réactionnaire conservateur prend de l'ampleur. Sous l'influence du sinistre de l'intérieur, je décomplexe ma droite à tout va. Voilà mon (jean Pax) méfait(1) du jour: je trouve le défilé de la techno-parade à pleurer...
Ce que j'ai vu hier m'a affligé. Il est bien évident qu'au même moment se déroulait la fête de l'Huma et les journées du Patrimoine, ce qui fait que les amateurs de bonnes musique et les idéalistes étaient au Bourget pendant que les personnes cultivées faisaient la queue avec élégance, mais enfin, ça n'explique pas tout.
Je développe: Tout d'abord [l]la musique[/l], je voulais dire la techno, excusez moi du lapsus...
« Comment peux-t-on apprécier la techno à jeun? » demandais-je à mon dealer de proximité qui ne répondit pas , tout occupé qu'il était à distribuer ses petites pilules blanches à de jeunes étudiantes en tenues moulantes arrondissant leurs fins de mois en faisant le trottoir pour le compte d'Action contre la Faim.
La techno est sûrement la seule musique qui n'est appréciable qu'à partir du moment où son son devient douloureux physiologiquement parlant.
Essayez d'écouter de la techno en sourdine, c'est comme boire du coca chaud, ça pue, c'est marron, et ça ne fait pas de bulle...
Après la musique, il y a les chars. Des pouffes payés pour se dandiner en lycra de mauvais goûts, des intermittents du spectacle triturant des beats commerciaux en prenant des poses de Jean Michel Jarre, juchés sur des camions kiloutou, encadrés par des vigiles autant dans l'ambiance que l'escouade de balayeurs qui suit de loin le cortège, ramassant toute la négligence de nos jeunesses parait-il super sensibilisées à l'écologie, il faut voir dans quel état de saleté nos adeptes de la House costaud laissent nos rues, ce n'est plus de la pollution, c'est de la souillure.
Et puis derrière les chars et le cordon de sécurité, sautillent nonchalamment ou frénétiquement selon le degré de cool attitude à adopter, des meutes de blaireaux habillés comme des stars de télé-réalité, venus pour se mater, trouver l'âme soeur pour partager son macdo du samedi soir et se sentir dans le vent en buvant de l'oasis coupé au whisky de chez Ed.
C'est peu dire que cette fête néo-libérale me désespère sur notre jeunesse. Lever le bras en l'air en rythme en prenant un air inspiré sur du bitume derrière des sonos commerciales en se donnant une vague impression de transgression parce que la circulation a été coupée et que le son est si fort que ça rappelle à tous ces Steevy crêtés et gominés, la lutte des classes qui s'opèrent dans leurs chambres lorsque mettant la chaîne hifi à fond ils entrent en résistance face à leurs parents répressifs qui ne les comprennent pas. « Les vieux, vous êtes foutus, les branleurs sont dans la rue. »
Elle est belle la nouvelle utopie. Suivre le pot d'échappement des camions en écoutant du son produit par ordinateur. Un son générationel qui écartera d'office les plus jeunes comme les plus vieux, insensible à ce type d'art.
Heureusement dans tout ça, il y a la bonne conscience. Le bataillon des assoc de jeunes rappelant à ces nouveaux pubères les dangers du sexe, la pauvreté du reste du monde, et quelques autres bonnes causes qui donnent à cette manifestation son vernis culturel et engagé qui fait que la techno-parade est un espace de liberté et de revendication.
Le pire dans tout ça, c'est que j'aime bien la techno. C'est défoulant, cathartique, ça met la pêche, c'est une musique qui utilise le corps autant que les oreilles mais je me demande bien pourquoi c'est le seul art d'expression sonore qui s'octroie le droit d'être aussi nocif qu'il soit joué à la campagne au mépris des terres et des habitants ou dans les villes où le besoin de calme devrait d'autant plus se faire ressentir. Techno-parade ou Rave-party : même égoïsme de la consommation de loisirs, même confiscation du bien commun pour son plaisir propre, même revendication individualiste de liberté sans responsabilité.
Jungle jeunes, vous qui aimez avoir des spasmes d'abandon sur des bpm hallucinatoires, allez en boite, faites cracher vos ipod jusqu'à en devenir sourd si ça vous chante, mais n'imposez pas vos goûts de masochistes du pavillon et de l'enclume à ceux qui n'ont rien demandé, ne faites pas de votre musique un instrument de discorde, compositeurs par claviers et curseurs interposés, vous le savez, c'est trop, même pour une guitare!