Homme normal pour musique prenante
Batlik était au Café de la Danse
La salle parisienne à deux pas de la Bastille a accueilli Batlik. Guitares sèches, cuivres, synthé et basse, parfois ensemble d’autres fois non, rythment et donnent la réplique aux textes de l’artiste.
Romain Katchadourian
Chapeau mou vissé sur la tête, T-shirt imprimé rouge, jean délavé et godasses en cuir, le chanteur ne paie pas de mine. Il n’est pas vraiment grand et n’a rien de spécial. Un gars normal quoi. La scène est peu éclairée, deux spots jaunes dirigés vers le mur en briques et un subtil projecteur sur le fond. C’est tout. Il est là, on voit sa silhouette et celle de son électro-acoustique. Jean-Marc Pelatan l’accompagne à la gratte et Fanny Rome s’est assise derrière le clavier. Le concert va commencer.
Les premières mesures de « Assis là » sont lâchées. Belle entrée en matière. L’intro donne tout de suite le ton et plonge le spectateur dans le style Batlik : quelques percussions sur l’instrument, une attaque franche, des accords simple mais rapides. Le savant mélange aboutit rapidement à quelque chose de très complexe à reproduire. Premier titre de son second album du même nom, la chanson parle d’un vagabond posé dans une gare quelconque. Il est seul, le monde le défile devant lui, il est transparent. « Le seule personne qui m’attend sans même le savoir c’est le serveur du wagon bar… » Sa voix chaude, reconnaissable entre toutes a finie de mettre le café de la danse dans l’ambiance. Les mélodies se suivent, les histoires aussi. Il y a cette jeune mère qui vend ses nuits pour (sur)vivre, ce prisonnier enfermé à tort qui pense à en finir, ce producteur véreux. Et les filles. Surtout les filles. Celles qui partent, et celles qui reviennent. Celles qui font chavirer les sens avant de le faire avec le cœur. L’amour est parfois érotique, pessimiste, nostalgique ou magique mais toujours servi par un verbe finement travaillé.
Batlik qui a lâché le prénom Gaspard il y a peu de temps, parle avec son public, beaucoup. Il le chambre, lui demande l’heure « parce qu’à 22h00 faut qu’on s’en aille.» Il explique ses textes aussi. Par exemple le complexe du chien de prairie : « C’est une sorte de marmotte qui se met sur ses pates arrières et qui scrute l’horizon parce ce qu’elle n’a rien d’autre à foutre. Un peu comme un garçon qui regardait une fille et qui voit son contact visuel interrompu par un autre beaucoup plus beau, riche, intelligent, sympa, drôle qui lui. Alors il se fout sur ses pates arrière, bombe le torse et essaye de récupérer le contact visuel par dessus la tête de M. Parfait. C’est le complexe du chien de prairie. » Ca sent le vécu et il faut bien avouer que tous les garçons se sont sentis concernés.
L’artiste originaire de Noisy-le-Sec est venu à la musique sur le tard. C’est en 2002 qu’il prend une guitare et jette des textes sur le papier. Deux ans plus tard, un premier album et quelques dates de concert. Il est parti, doucement mais surement. Deux mille cinq, second opus et l’EMB (salle de concert à Sannois) le repère. Une programmation aux Francofolies de la Rochelle et une tournée viennent ponctuer l’année. Le 22 février 2006, sortira «Juste à côté » toujours avec cette poésie et ses sonorités particulières dont Batlik a dévoilé quelques titres au Café de la Danse. Le garçon est attachant et on en reprendrait bien volontiers.


