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Opinions : Journalisme ? Qui a dit journalisme ?
Posté par La Méduse le 8/12/2006 1:12:44

TF1 ne s'intéresse aux lois qu'une fois votées
Ciel, mon JT !

Le 21 novembre, le projet de loi sur la délinquance proposé par Nicolas Sarkozy passe en première lecture à l'Assemblée Nationale. TF1 lui consacre alors 15 maigres secondes, puis 2 minutes entières à un sujet sur l'insécurité, qui n'avait pourtant aucune actualité. Deux semaines plus tard, le même projet de loi, mais ratifié, bénéficiera d'une minute trente.

G.Kapustin

Patrick Poivre d'Arvor a juste terminé un sujet sur les violents manifestations de pompiers. « A ce propos, justice : Les députés ont entamé l'étude du projet de loi de lutte contre la délinquance, un texte qui divise la droite comme la gauche ; il ne sera d'ailleurs pas voté par l'UDF. » On entend et voit Nicolas Sarkozy, sans distinguer ses propos, qui semblent véhéments. « Il prévoit notamment le durcissement des sanctions contre les mineurs délinquants. » L'opposition mécontente, et une phrase de contenu ; l'affaire est close. « A ce propos qu'est devenue l'enquête après l'incendie du bus marseillais ? 7 mineurs ont été écroués. Quant à la jeune passagère grièvement brûlée son état de santé est toujours réservé. » L'enquête qui suit dure deux minutes. Une fois la loi votée, le téléspectateur aura – enfin – droit à des détails. Au cas où, on fera tout de même suivre ces annonces drastiques par un sujet sur la violence, celles subie par les femmes de cité. On ne sait jamais, quelque téléspectateur pourrait se sentir en sécurité – il serait certainement du genre à regarder autour de lui, allez savoir.
D'où vient cette confiance des médias dans le couple exécutif / législatif ? L'audimat n'est-il pas favorable aux questions de société en devenir ? Le peuple ne s'intéresse-t-il qu'aux lois qui vont lui être appliquées, et non à celles en discussion ? N'a-t-il plus aucun pouvoir sur ceux qui l'ont ?

Tragique et insidieux, le détournement de l'information par le JT phare va plus loin. On enchaîne les informations comme un pilier de bar enchaîne les arguments : le projet de loi sur la délinquance appelle un exemple sur la délinquance – avant : les pompiers, et après : le bus incendié. Et s'il n'y a pas d'actualité en conséquence, on en trouve. Ou pas ; ce n'est pas grave. La délinquance touche une minorité des jeunes des cités minoritaires des banlieues qui sont une minorité de la France, mais bon. Elle a droit à ses deux minutes quotidiennes.
Il faut reconnaître une chose : l'information nationale accuse peu. Des « jeunes de banlieue », des « jeunes de cité ». On ne les connaît pas vraiment, on sait qu'ils font partie de la seconde génération d'immigrés, que leurs parents sont au chômage, qu'ils vivent dans des conditions insalubres ; qu'ils quittent l'école et traînent dans les rues, qu'ils admirent Zidane mais pas comme les gens bien. On ne les excuse pas mais ils ne vivent pas dans des conditions merveilleuses. Ce que les grands journaux télévisés savent faire, c'est victimiser. C'est à la mode. Qui de Patrick Poivre d'Arvor ou de Jean-Luc Delarue a lancé le mouvement, bonne question. Il n'empêche. Mama Galledou est suivie de près, personnalisée, connue, on s'inquiète pour elle et la félicite. Quelle aubaine qu'elle soit exemplaire !

Finalement, le journal de la une ne fait que suivre l'échiquier politique actuel. Tous les partis peuvent se lever à l'hémicycle contre le gouvernement et sa majorité, ils ne comptent pas. Le sujet n'est pas traité, à peine annoncé. En outre, « les médias sont des pourris », font ce qu'ils peuvent dans un marché en déclin ; le sentiment, s'il n'est populaire, est largement partagé, et malheureusement... Il l'est surtout dans la profession elle-même. Non ?

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