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Le cinéma selon Alice : 20 ans de Quay
Posté par La Méduse le 19/10/2006 14:10:25

La vie secrète des choses de l'autre côté du miroir
Rétrospective sur les frères Quay au MK2 Beaubourg

A l’occasion de la sortie de leur second long-métrage, le MK2 Beaubourg revient sur 20 ans de création et d’expériences cinématographiques, il faut bien l’avouer plutôt confidentielles, signées les frères Quay.

Le Cinéma selon Alice


Les deux frères anglais, Stephen et Timothy de leurs prénoms, débutent dans les années 80 avec des courts-métrages d’animation. Touches à tout, ils réalisent aussi bien des adaptations de pièces ou nouvelles comme ‘la Rue des Crocodiles’ de l’auteur polonais engagé Bruno Schulz que les clips du groupe ‘His name is Alive’ au début des années 90, en passant par un petit ‘documentaire’ sur le concept d’anamorphose, des contes ou encore simples variations sur un thème musical.

Vous l’aurez compris, le mot-clef de leur travail est « expérimental » : jouant en permanence sur les matières et les formes, en couleurs ou noir et blanc, sur des lignes variables selon des rythmes variés, ils aboutissent à la mise au point d’un vocabulaire visuel chargé, mais toujours harmonieux, auquel vient s’ajouter la couverture musicale.
Si le terme n’est pas très joli, il rend cependant compte de la suprématie de la musique comme pierre angulaire de la création. Omniprésente, elle infiltre tous les recoins de l’espace visuel et donne vie, le temps d’un court, aux choses et aux objets peuplant l’univers théophilement gautiesque, poétique et effrayant, des frères Quay : vis dansantes, tableaux carnivores, lacets, poussière, poupées cassées et toutes sortes d’automates. Omnisciente, elle se fait narrateur et pallie ainsi à l’opacité du symbolisme qui, seulement pressenti, laisserait plutôt le spectateur dans une sorte de malaise face à son incapacité à le décrypter.
Il faut donc se laisser porter par ses fables d’un esthétisme fou par lesquelles les frères Quay, dont l’univers reste sensible avant tout, ont su créer ce que j’appellerais un « visuel émotif ».

On retrouve les mêmes ingrédients dans les longs-métrages, à ceci près que la musique, moins systématique, laisse place à un véritable narrateur-‘héros’. Tourné en noir et blanc dans une ambiance et des décors à la Cocteau (La Belle et la Bête), Institute Benjamenta (1995), leur premier film, retrace l’étrange séjour du jeune Jacob van Günten au sein de la célèbre école de majordomes et la vie de ses singuliers occupants. Mais c’est dans leur dernier film, L’Accordeur de tremblements de terre (2005), que s’exprime de manière plus littérale le thème favori des deux anglais : celui des machines vivantes et des hommes déshumanisés, tous réunis autour de la figure d’un docteur Frankenstein ou… d’un Grand Accordeur. En effet, un génial neurologue, mélomane amoureux d’une belle cantatrice (Amira Casar), convie dans son île l’accordeur Philisberto pour régler les automates qui l’accompagneront dans son ultime récital. Toujours dans un univers clos, oscillant dans un jeu de miroir perpétuel entre fiction, rêve et réalité, on peut cependant regretter les quelques lenteurs du film synthétisant plus de 20 ans de création Quay.

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